#1 27/05/2023 19:44:04

Sebastian
Chiure de gomme
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Un exemple de mon style d'écriture

Two men's land

L'après-midi touche à son terme. Les nuages épars baignent dans le ciel orangé, il n'y a pas de vent. Le soleil atteint directement toute chose alentour, jetant ses dernières forces en autant de rayons se perdant dans la fumée. Ce mélange stagnant de poussière soulevée, les armes, tombées comme leurs possesseurs, ont fait leur office et l'air n'est clairement plus le bienvenu ici. Les corps jonchant le sol n'en ont cure, tout inanimés qu'ils sont. 

C'était un endroit plutôt paisible, avant les soldats. Pas une vaste prairie de conte de fées, juste un terrain laissé à l'abandon. Les enfants aimaient venir y jouer, quelques promeneurs s'y frayaient un chemin pour profiter de la luxuriante verdure colonisatrice. 

Le passage des véhicules, des troupes ensuite, a vite dessiné un tout autre type de surface. Peu de relief, dégagé, vaste. 

Les jours, semaines, mois défilent jusqu'à maintenant. Les deux armées se sont affrontées, mais la guerre ne se jouait pas ici. Des centaines de soldats ont perdu la vie, s'entretuant presque parfaitement. Deux exceptions, deux caprices du hasard, se retrouvent éloignés d'une centaine de mètres, ne partageant que cette particularité d'être le dernier de leurs groupes. 

Le premier survivant est assis par terre, adossé à ce qu'il reste d'un mur. Le dernier assaut l'a laissé seul, il se sent soudain petit et faible, ses mains serrent son arme. Au milieu du carnage, il n'a pas pris le temps de compter les camarades tombés, pas plus que les ennemis rescapés. Il ne sait rien et plus personne n'est là pour lui montrer la marche à suivre. Faut-il attendre ? Faut-il attaquer au plus vite ? Le silence qui l'entoure, après des mois de tumulte mais surtout une journée entière de déflagrations, résonne plus fort encore que le reste. Et dans la fumée épaisse refusant de se dissiper, il profite de ce sentiment trompeur de sécurité. 

Son opposant est légèrement blessé, son abri précaire le pousse à une décision rapide. Pourtant, le manque de solutions le laisse immobile, allongé derrière un amas de cadavres. La meilleure décision reste d'évaluer la situation, au mieux, avec cette conscience de ne rien savoir d'utile. 

Seulement deux hommes, hésitants, exténués, dont les compétences pour tuer ont comme supplantées celles, primaires, nécessaires pour exister. Avant de respirer, penser au bruit que l'on fait. Avant de marcher, préférer ramper. Avant de parler, garder sa bouche fermée, les mains sont plus bavardes en ces journées. Parce que le bruit était trop fort pour communiquer. Parce que le temps des actes avait pris le pas. Tout a changé, le temps semble avoir lui aussi succombé.

Le tableau se dessine de lui-même, la mort omniprésente éclipse le paysage, les couleurs ternes dessinent cette funeste domination. Le sang se mêle à la terre, obscurcissant de rares parcelles d'herbes, ne laissant survivre le vert que par les tissus en lambeaux. 

Derrière le bout de mur, derrière le tas de corps, deux réflexions, sans le savoir, parviennent à la même conclusion. La fumée va se dissiper, ce sera le moment de se lever et d'attaquer. Chaque seconde d'incertitude sera alors la promesse d'un désavantage, d'une mort certaine. C'est pile ou face, une chance sur deux, le choix ne s'étend pas au-delà. Celui qui s'en irait offrirait de son dos une cible immanquable. La vie et la mort s'offrent une valse dans ce concert de patience et d'incertitude, tant que la poussière érigée en juge de paix continue de séparer les belligérants. 

Dans cette salle d'attente en plein air, leur dernier souffle se prépare pour cette première et unique représentation. Plus l'échéance se rapproche, plus le sang réchauffe le cœur et irrigue les veines. L'adrénaline ne sera une drogue qu'à celui qui cherche l'overdose. Ils sont ennemis, mais tous deux humains. Ils sont soldats, mais aimés, attendus, espérés, objet de larmes précoces d'un côté, de l'autre… La tristesse ne connaît pas les intentions, les opinions, les excellentes raisons de jeter au feu tant de futurs. 

Il y a cette femme qui refuse de quitter l'église, depuis trois jours pleins, trois longues nuits froides sur le sol de pierre. Le prêtre écoute ses suppliques mais il ne peut que déplorer la situation et en appeler à l'espoir. Les bougies se multiplient, les flammes vacillent, parfois s'éteignent. Et la femme rallume chaque mèche à mesure que se consume la probabilité d'une fin heureuse. Et la femme pleure autant qu'elle prie, prie autant qu'elle refuse de croire l'inévitable. Car dans la maison de Dieu, la folie des hommes la frappe moins fort. 

Le petit garçon protège sa sœur. Il est fin, maigrelet diraient certains, sa force est dans sa détermination, si peu dans ses bras … Les vauriens frappent mais aucun n'atteint l'enfant apeurée qui se cache derrière son protecteur. Satisfaits de voir une victime en sang, les agresseurs reculent et s'en vont vers d'autres méfaits. Alors, sans un bruit, le garçon se relève et tend la main à sa sœur. Il marche avec peine, mais n'en montre rien. Si son père ne revient pas, il sait que le deuil portera aussi sur son enfance. 

Près du lavoir, une vieille femme frotte machinalement des vêtements qui ne lui appartiennent pas. Ils sont déjà propres et le resteront probablement toujours. 

Il regarde sa jambe en piteux état. Doit-il la remercier ? Il est ici, devant la scierie. Quel silence … Sa position tant enviée n'est qu'un miroir aux alouettes. Patron d'un endroit désert, chef détesté de tous, conspué et seul en ce jour pour saluer les fantômes du passé. Pas de bruit strident, de bousculades près des rondins, les souvenirs mêmes mauvais lui donnent le tournis. Qu'est-ce qui aurait changé s'il avait gardé ce mauvais employé, pour une seconde chance ? Et cette semaine où tous avaient travaillé si dur pour si peu … Il ferme la grande porte et s'éloigne. Il vivra encore de nombreuses années dans cette belle maison, avec du temps à profusion pour compter les années le séparant de ses derniers moments de pur bonheur. 

Le bruit ne s'arrête pas. La porte refuse de s'ouvrir. Les pattes grattent aujourd'hui comme elles l'ont fait hier, le jour d'avant et qui sait combien de jours encore. Son rituel semble perdu dans une boucle temporelle. C'est tellement évident quand on sait, tellement long quand on ne sait qu'attendre. Ce n'est que la peine d'un chien qui vit sur un paillasson, qui attend une main sur sa tête et qui mourra à n'en vouloir aucune autre. 

La poussière est un rideau qui doucement, prépare les acteurs à l'ultime représentation. Ce sera cette scène que les westerns dépeignent si bien. Les armes n'auront que peu à dire, mais elles seules parleront. 

L'après-midi touche à son terme. C'était un endroit plutôt paisible. Deux exceptions, deux caprices du hasard. 

Quand enfin ils se lèvent et alignent leurs armes, leurs détonations ne font qu'une. L'un tombe, l'autre vacille. Après quelques pas, il jette le fusil et réalise de ses larmes que la guerre lui avait laissé le choix. Ils pouvaient être les deux seuls vainqueurs, mais il a préféré la certitude ne pas perdre. Sa blessure est surmontable, il peut se déplacer sans risque. Les pas sont mal assurés mais il n'a aucune raison de se presser. C'est terminé. Il ne lui faut pas longtemps pour atteindre ce tas de cadavres qui cachait sa récente victime. Il tient sa main sur un énorme trou dans la cage thoracique, un flot de sang se répand sans discontinuer. Ses yeux se lèvent et croisent ceux de son assassin. Pas plus besoin de mots maintenant que pendant les minutes qui ont précédé. Celui qui se tient debout s'accroupit et tend une cigarette. L'autre lève la main qui n'est pas encore recouverte de sang. La flamme qui sort du briquet se reflète dans les deux regards. Puis seulement dans l'un d'eux. 

FIN

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#2 04/06/2023 18:18:17

Harlock londom
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Re : Un exemple de mon style d'écriture

c'est un beau texte mais pas pratique (pour l'instant) à utiliser pour un sc de BD il faudrait que tu rajoute des dialogues ou des introspection, que tu commence à decouper le texte en action clair pour chaque case. Je sais pas si tu compte le dessiner ou faire appel a quelqu'un d'exterieur dans le second cas un synopsis de quelque ligne et une description des personnage pourrait être intéressant.


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#3 01/11/2023 20:01:37

blson
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Re : Un exemple de mon style d'écriture

Salut, quelle est ton intention ? Tu as posté un texte bien écrit, mais sans formuler de requête ni te présenter. Par conséquent, on ne sait pas ce que tu attends.


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#4 01/11/2023 20:50:38

karicature
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Re : Un exemple de mon style d'écriture

bison, il attend simplement des critiques puisqu'il a posté sur le topic "critique de scénario" donc il suffit de dire ce qui va, ce qui va pas, ce qu'on en pense et l'aider à progresser
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#5 01/11/2023 21:19:17

blson
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Re : Un exemple de mon style d'écriture

Merci pour ces précisions. Dans ce cas, la réponse de "Harlock londom" me semble pertinente et complète.

Edit: "Je réalise que ma réponse est un peu trop brève. Donc, voici davantage mon sentiment. Le texte utilise la voix d'un narrateur omniscient, ce qui rend le récit neutre et factuel malgré les tentatives empathiques de l'auteur. Pour rendre le texte plus profond et émouvant, il serait peut-être préférable de mettre en scène les personnages à travers des situations, des dialogues ou des réflexions internes, pour permettre au lecteur de mieux s'immerger dans leur monde émotionnel."

Dernière modification par blson (01/11/2023 21:29:07)


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