#1 06/11/2020 21:06:48

Dabent
Chiure de gomme
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Vie et Mort de Barry Allen

Bonjour à tous,

J'ai développé un scénario (5 pages) pour une histoire courte sur le super-héros Flash.
Je pense que ça pourrait rendre bien en style roman graphique.

Bonne lecture !


Mon nom est Barry Allen. Je suis l’homme le plus rapide du monde. On me surnomme le Flash, super-héros et membre fondateur de la Ligue de Justice.
Je ne suis pas né avec mes pouvoirs. A l’époque, j’étais même quelqu’un de très ordinaire, un simple policier scientifique. Un soir, alors que je manipulais des produits chimiques dangereux, la foudre frappa mon laboratoire, faisant tout exploser.
Je ne suis pas mort cette nuit-là. Mais à mon réveil, je n’étais plus le même. J’étais devenu rapide, extrêmement rapide. Plus qu’aucun homme ne le serait jamais.
Et c’est ainsi que je devins le Flash.
Il faut savoir que mon don, acquis par accident, n’a jamais cessé d’évoluer par la suite. Chaque jour, j’étais un peu plus rapide. Je me faisais plutôt discret sur le sujet et, même au sein de la Ligue, peu de héros étaient au courant.
Cela ne m’avait jamais inquiété. Jusqu’au jour où, pour la première fois, j’eus des difficultés à ralentir. Je dus forcer pour m’arrêter, et même ensuite, pour ne pas repartir… Au début, le phénomène restait plutôt rare. Je me posais des questions mais je n’en parlai à personne, même si certains devaient se douter de quelque chose.
Et puis, tout s’intensifia. Je courais de plus en plus vite et la décélération était de plus en plus pénible. Rester statique était même devenu fatiguant et douloureux. Mais curieusement, tout cela disparaissait dès que j’étais lancé à pleine vitesse. Pour cacher mon état et, tout simplement, pour moins souffrir, je passais la majeure partie de mon temps à courir. Je ne fus bientôt plus capable de me tenir immobile et j’en étais réduit au minimum à de la marche rapide.
Evidemment, un jour, un drame arriva. Je percutai, sans parvenir à freiner à temps, un enfant et sa mère, les tuant sur le coup. J’étais horrifié par ce que j’avais fait. L’événement fut si bien relayé qu’il y eut un mouvement de panique dans le pays. De nouvelles questions se posaient sur la capacité des super-héros à contrôler correctement leurs pouvoirs. Il y avait déjà eu des bavures mais là, c’était trop. Que se passerait-il si un être comme Superman venait à souffrir de troubles similaires aux miens ? Les victimes se compteraient par milliers, voire plus.
Il y eut un procès. Superman me tint pendant toute la séance pour me maintenir en place et éviter un autre accident. Il était le seul à pouvoir le faire. La justice classa l’affaire sans suite car sans précédent : les lois n’étaient pas claires sur la sentence à appliquer, le statut juridique des super-héros n’ayant jamais été établi, et encore moins celui d’un héros qui ne contrôlait plus ses pouvoirs. En l’état, il était impossible de dire si j’étais responsable. La sentence ne fut pas à la hauteur de la faute : je devais être soigné ou renoncer à mon costume.
Je pus donc repartir libre. Libre mais coupable bien que non responsable… Il en allait du devoir de la Ligue que cela ne se reproduise plus. Mais tout était fini : je n’étais plus un héros. Seulement un danger incapable de contrôler son pouvoir. J’avais tué et c’était tout ce qui importait. Je décidai de quitter la Ligue de Justice et le costume de Flash et sombrai dans l’isolement en maudissant le jour où cet orage avait frappé mon laboratoire.
Les membres de la Ligue essayèrent de me raisonner et c’est finalement Batman qui réussit à me faire remonter à la surface. A deux, nous travaillâmes pour comprendre ce qui m’arrivait. Bientôt, il devint clair que je n’aurai pas pu être soigné, il n’y avait rien à faire. Mon problème était d’origine neurologique, incurable. Etrangement, je me sentais extrêmement faible au quasi-repos, et vivace à pleine vitesse. En fait, nous découvrîmes que mon espérance de vie devenait catastrophique dès que je n’utilisais pas mon pouvoir à fond. Quand je courais, il semblait que mes besoins énergétiques étaient automatiquement comblés : je n’avais plus besoin de boire, de manger, ni même de respirer. Au ralenti, je vieillissais plus vite, j’avais des problèmes cardiaques et souffrais énormément. Je redevenais un homme ordinaire. Ordinaire… et malade.  Il était devenu vital que je cours tout le temps. C’était le seul traitement possible alors, c’est ce que je fis. Et j’ai arrêté de ralentir.
A partir de ce moment-là, les gens ne me virent plus en tant qu’homme. Je n’étais plus qu’un brouillard rouge ou un flash lumineux. J’allais tellement vite qu’aucun être, excepté Superman, ne pouvait vraiment me distinguer. J’étais devenu comme éphémère, sans consistance, mais je pus reprendre pour un temps mes activités dans la Ligue, en tout cas sur les théâtres d’opérations où je n’aurais pas pu faire de victimes civiles. Les vitesses extrêmes que je m’imposais interdisaient toute communication avec autrui et je m’enfermai dans une solitude bien particulière. Je côtoyais les gens mais je ne pouvais pas interagir avec eux. J’étais comme bloqué dans une dimension à laquelle ils n’avaient pas accès. Au moins étais-je en bonne santé physique.
Cette période ne dura que peu de temps. Mon pouvoir continuait à grandir et les vitesses que j’atteignais étaient de plus en plus hautes. A un moment, il devint pour moi impossible de me déplacer sans faire d’énormes dégâts.
Je décidai alors une bonne fois pour toutes de me retirer de cette vie de héros. Le simple fait de rester sur Terre représentait un danger pour les populations, comme beaucoup le pointèrent du doigt. Dans un dernier hommage, les membres de la Ligue de Justice me construisirent une piste géante en forme d’anneau, en orbite autour de la Terre. Je l’appelai « L’Anneau de Solitude », et c’est ce nom qui est resté. Mais c’était la seule solution. Ici, je pouvais courir et « vivre », et l’Anneau était suffisamment robuste pour ne pas céder.
Le jour où je posai le pied pour la première fois sur l’Anneau, des héros du monde entier vinrent me rendre hommage et faire leurs adieux au Flash.
Mes amis me rendaient visite de temps en temps, pour essayer de m’éloigner de ma solitude, mais seul Clark et Diana pouvait soutenir une discussion avec moi. Ils me racontaient les derniers événements en date, comme la naissance de leur fille, que j’ai d’ailleurs pu voir. Et puis, même eux ne furent plus capables de me suivre.
Ma vitesse était devenue telle qu’elle constituait une fraction non négligeable de la célérité de la lumière. Je connaissais la physique et je savais ce qui allait arriver. Peu à peu, les événements autour de moi commencèrent à s’accélérer. La Terre semblait tourner plus vite, les visites de mes amis étaient moins espacées mais aussi plus courtes. J’étais devenu un objet relativiste et mon temps propre s’écoulait plus lentement que celui des horloges de la Terre. De l’extérieur, on ne devait plus voir qu’un cercle de couleur immobile à l’intérieur de l’Anneau. Je dis « couleur » et pas « rouge », car la longueur d’onde de la lumière que j’émettais variait avec la direction et le module de ma vitesse, suivant la loi de l’effet Doppler relativiste. J’aurais été bien en peine de préciser la couleur avec laquelle les gens me voyaient. Il était même possible que je dépassasse à certains moments le spectre du visible.
Sur Terre, le voyage spatial commença à se démocratiser. Je devins même une attraction touristique. Les gens payaient cher pour voir la vieille station spatiale, la Lune et mon Anneau de Solitude, symbole d’une époque super-héroïque sur le déclin.
J’assistai impuissant au vieillissement de mes amis. Leur vie se déroulait sous mes yeux à une vitesse vertigineuse. Certains ont arrêté de venir et j’ai compris qu’ils s’en étaient allés. Ce fut le cas de Bruce et Oliver. D’autres résistèrent plus longtemps, comme Superman. Bientôt, il ne fut d’ailleurs plus que le dernier des héros de la Ligue encore en vie. Et finalement, même lui ne vint plus. Je ne saurais pas dire combien de temps il vécut, probablement plusieurs vies humaines.
Je pus assister au destin de l’humanité. Les premiers colons qui s’arrachèrent à la Terre pour aller vivre sur Mars. D’autres suivirent et la quasi-totalité des mondes du Système Solaire furent occupés, avant que l’espèce humaine ne décide de se rendre encore plus loin, traversant la Galaxie à travers des portes dont je peinais à comprendre le fonctionnement.
Après la mort de Superman, les super-héros se firent plus rares. A vrai dire, cet âge devait avoir touché à sa fin. Les nouvelles technologies avaient supplanté nos vieux héros. J’avais vu des machines survoler la Terre en scannant sa surface et recherchant, je le crois, des gens à sauver. Elles passaient régulièrement près de l’Anneau et je soupçonnais qu’elles le faisaient pour me surveiller. Les hommes ont toujours eu des rapports compliqués avec les super-héros. Les remplacer par des machines leur assurait plus de contrôle.
Et pendant tout ce temps, mon « Anneau de Solitude » resta intact. Mais cela ne dura pas. Ma vitesse augmentait et, conformément aux lois de la relativité, mon énergie aussi. Chacun de mes pas déclenchait une onde de choc énorme dans la structure de métal.
Et l’Anneau céda.
A ce moment-là, je crus que s’en était terminé de moi. Si je ne pouvais plus courir, je mourrais rapidement dans le vide spatial. A ma grande surprise, il se passa tout autre chose. Je pense que mon état extrême de vélocité me permis d’entrevoir d’autres plans de la réalité. J’interagis avec le vide quantique et m’en servis comme d’un support. Sous mes pieds, des paires de particules/antiparticules se créaient et s’annihilaient quasi-instantanément. L’énergie résultante faisait pression sur mes pieds, me permettant de continuer à courir.
Je fonçai alors vers l’inconnu et quittai le Système Solaire. Je traversai la galaxie relativement rapidement, grâce à mon temps propre qui ne faisait que ralentir. J’avançai vers des lieux qu’aucun humain n’avait jamais foulés.  L’exploration était devenue mon seul et unique but, et je perdis de vue le « Berceau », le système stellaire d’origine, comme les hommes de cette époque se plaisaient à l’appeler.
Pendant cette période, je fus le témoin des phénomènes les plus impressionnants de l’Univers. J’évoluais alors à des échelles de temps cosmologiques qui me permettaient d’admirer des collisions galactiques, le cycle de vie des étoiles et leur effondrement final... Il m’était devenu difficile de suivre l’évolution des civilisations biologiques, leur existence s’étalant sur des temps ridiculement courts pour moi. Leur passage dans ce monde m’était quasi-indiscernable. Je pus cependant brièvement distinguer des structures gigantesques qui semblait perdurer, et qui ne pouvait qu’avoir été bâties par des êtres au savoir immense et dont l’origine se perdait dans la nuit des temps.
J’essayai de toucher le bord de l’Univers, de dépasser cette barrière qu’est le fond diffus cosmologique. Je voulais voir ce qu’il pouvait bien y avoir derrière. Mais l’expansion de l’Univers ne cessa jamais. Tout ce qui se trouvait derrière le rayonnement primordial s’éloignait de moi plus rapidement que la vitesse de la lumière, m’interdisant toute approche. J’abandonnai donc, laissant invérifiées les théories qui avaient cours en ce temps lointain où je foulais encore le sol de la Terre.
Car oui, ma vitesse était bien limitée. Et plus elle approchait de celle de la lumière, moins elle augmentait vite. Mon inertie était telle que je peinais à orienter ma trajectoire. Souvent, je me laissais guider par les géodésiques de l’espace-temps engendrées par les sources gravitationnelles qui m’environnaient. Je me comportais de manière assez semblable à un rayon lumineux balloté par la métrique locale.
Il fallait bien comprendre que, avec ma vitesse de déplacement et mon temps propre ralenti, il m’aurait été impossible de réagir suffisamment tôt pour éviter une collision avec un objet céleste. Heureusement, l’Univers est essentiellement constitué de vide et je me figurais que mes chances de rentrer dans un astre étaient minimes. Ce qui arriva ensuite me prouva à quel point j’avais tort.
Car, sans vraiment m’en rendre compte, je fus happé par la sphère d’interaction d’un trou noir central d’une galaxie que je traversais. Une fraction de seconde plus tard, je franchis son horizon.
Je savais ce qui allait arriver. À l’intérieur d’un horizon des événements, le futur de toute particule est au centre de la singularité. Je m’attendais donc naturellement à m’écraser sur ladite singularité, scellant ainsi mon sort après quelques milliards d’années de vagabondage dans l’Univers. Pourtant, ce ne fut pas ce qui arriva.
Beaucoup de spéculations avait court à mon époque sur ce qu’on pouvait trouver après avoir passé le point de non retour. Mais au-delà du rayon de Schwarzschild, aucune singularité ne se présenta à moi – quoique je n’avais pas la moindre idée de ce à quoi elle aurait pu ressembler. Les lignes d’univers n’étaient pas piégées, mais s’ouvraient en réalité sur autre chose. Je me demandai si des effets quantiques aurait pu expliquer cela, leurs rôles à l’intérieur des trou noirs n’ayant jamais été vraiment compris. Je peine à décrire ce que je vis, tant la géométrie locale était différente de nos conceptions euclidiennes classiques.
Je ressortis de l’autre coté, sans vraiment savoir ce que cela voulait dire. Derrière moi, le monstre s’était évaporé. J’allais pouvoir reprendre mon périple à travers le cosmos, peu importe l’endroit où je me trouvais. Libéré du puits gravitationnel, je tentai alors de m’élancer... sans succès. Je n’avais pas bougé d’un pouce. Autour de moi, mon environnement proche était figé. Pourtant, je courais toujours, mais sans effet visible sur ma position par rapport aux astres alentours. Car pour la première fois depuis bien longtemps, ma vitesse s’était annulée. Il me fallut un moment avant de comprendre que ce n’était pas tout à fait vrai. En réalité, le trou noir avait modifié la nature de mon pouvoir : je ne me déplaçais plus dans l'espace, mais dans le temps. Ma vitesse ne s'appliquait plus que dans cette unique dimension. Je n’eus pas le loisir de démêler tout cela, car un nouveau problème attira bientôt mon attention.
J'étais donc coincé sur une ligne d'univers du genre temps, mais ce n’était pas le cas du reste de la matière, dont la vitesse s’exerçait toujours dans les trois dimensions de l'espace. Les étoiles, que j’avais l’habitude de voir s’éloigner, avaient maintenant l’air de se rapprocher. Peu importe la direction dans laquelle je regardais, elles semblaient toutes converger.
Quel était ce nouveau phénomène ? De mon avis, l'Univers était passé dans une phase de contraction. Ma première pensée fut qu’il devait s’agir d’un « Big Bounce », événement hautement théorique imaginé par les physiciens de mon époque. Mais, à dire vrai, je fus bientôt convaincu qu’il s’agissait d’autre chose. Car le mouvement d’ensemble de l’Univers ne semblait plus respecter les lois de la physique. Plus précisément, le principe de causalité fut violé lorsque j’assistai, médusé, à la « décollision » de deux étoiles et à leur éloignement suivant des trajectoires spirales inversées. Non seulement je courais dans le temps, mais à rebours de celui-ci.
Je me trouvai donc reparti pour un nouveau voyage à travers l’histoire de l’Univers et mon propre passé. Si j’avais été proche de la position de l’Ancienne Terre, aurais-je pu retourner à l’époque où j’y vivais encore ? Aurais-je pu empêcher l’éclair de me frapper, cette nuit là, plusieurs milliards d’années plus tôt ? Et quelles auraient été les conséquences d’un tel paradoxe ? Ces questions me torturaient l’esprit, mais je ne pus y répondre. Car, comme je l’avais déjà dit, je ne bougeais plus. Et j’étais à présent bien éloigné du Berceau.
Le retour en arrière pris quelques années de mon temps propre. Je dus reparcourir le temps écoulé depuis mon départ, ainsi que les 13,7 milliards d’années qui menait à la singularité initiale, au Big Bang. Pendant ce périple inversé, j’avais eu le temps d’accepter ce qui allait m’arriver. Il faut dire que j’approchais, selon mes estimations, des cent vingt ans, et que j’étais las de cette vie. J’étais empli de nostalgie lorsque je pensais à la Terre. Je me rappelais à peine de ce que c’était de vivre normalement, de manger, de parler à des gens, de simplement marcher dans une rue ou de rencontrer une jolie fille… J’avais passé la majeure partie de mon existence en dehors de ce souvenir lointain, étouffé par le poids des années. C’est pourquoi j’accueillis ma fin à bras ouverts. J’avais vécu plus longtemps et vu plus de choses qu’aucun homme n’aurait pu rêver, et je pensais pouvoir me satisfaire de ça. Ressasser le passé ne m’aurait servi à rien.
Mon dernier milliard d’années s’écoula en quelques secondes de mon temps propre, tant je couvrais avec rapidité la distance qui me séparait de l’instant zéro. La densité de matière dans l’Univers augmenta. 380 000 ans avant le Big Bang, il devint opaque et je fus enfermé dans le noir le plus total. Les conditions extérieures étaient telles que les liaisons covalentes qui maintenait mon corps cohérent éclatèrent, et je fus décomposé en une infinité de particules. C'est ainsi que je mourus.
Je fus Barry Allen, le Flash, membre de la Ligue de Justice, et mon existence s'acheva 13,7 milliards d’année avant ma naissance, au commencement des temps.

Dernière modification par Dabent (06/11/2020 21:14:16)

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