Le voyage de Chan par albatros

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Le voyage de Chan


Synopsis :Le voyage de Chan met l’accent sur une des facettes de l’égoïsme veut montrer aussi que « l’herbe n’est pas plus verte ailleurs »
Un petit message à tous ceux qui croient à l’El Dorado


Type de dessin recherché :A voir l'idée serait de faire un livre illustré pour les 8/10 ans

Scénario :Le voyage de Chan

L’ordre avait été donné, il fallait abandonner le village, la construction d’un barrage pour la fourniture d’électricité étant d’intérêt général on devait sacrifier un coin rural.
Intérêt général ! Intérêt général !
Pour Chan le chat siamois rester sur place était vital car comme il disait « c’est mon chez-moi »
En effet dans cet espace il avait ses repères mais aussi ses habitudes, il n’était pas prêt à échanger sa quiétude contre un avenir qui pourrait lui déplaire d’autant plus qu’ici il y avait peu de félins donc plus de nourriture pour chacun.
Cette situation avait pour avantage d’éviter toutes formes de dérapages et sa vie de chat était selon lui, celle d’un roi.

Mais un jour contre toutes attentes le fils de la fermière d’une voix aimante réussit à l’attirer et l’enfermer dans une cage en osier avant de le placer dans une charrette entre du mobilier et une vieille bicyclette.
Et le voilà parti contre son gré vers un ailleurs qu’il ne voulait pas, un ailleurs qu’on lui a imposé et qui le plongea dans un certain désarroi.
Après une pénible journée de route sans cesse secoué par l’état de la route, la charrette s’arrêta finalement. Chan eut le temps de voir de grands bâtiments juste avant que celui qui l’avait trahi ne prenne la cage et sur lui s’attendrit.
Sans doute fatigué par le voyage le père n’étant pas d’humeur à prendre en charge un tel bagage libéra le chat surprit par la faveur.

Dans la nuit qui venait de tomber Chan erra dans les rues de cette ville côtière cherchant nourriture et couche rudimentaire pour tranquillement se reposer chose essentielle pour mieux s’investir dans ses recherches à venir.
Mais ce qu’il redouta, arriva, les chats habitués aux lieux n’étaient pas prêts à partager les repas même avec un pauvre.
Par la force des choses il ne lui restait plus qu’à dormir le ventre vide en espérant des jours meilleurs, des jours où il pourra s’offrir le peu pour assurer sa survie sans être entrainé dans des conflits.

A peine réveillé, ne voulant pas risquer sa peau il croqua quelques cafards, but tant qu’il put dans une flaque d’eau et s’en fut sur les chemins du hasard.
C’est ainsi qu’il se retrouva du côté du port à la recherche d’un repas qu’il trouva d’ailleurs sans trop d’efforts même qu’il se rassasia avant d’aller se reposer sur un container pour ne pas être dérangé.
Comme il avait trop mangé il s’était profondément endormi et sans s’en rendre compte il se retrouva sur un bateau qui après un long voyage sur les flots arriva dans un autre pays.

Curieux par nature le siamois profita du calme et d’une certaine obscurité de la nuit pour rejoindre au plus vite le quai sans penser qu’il risquait de perdre le seul lien qui pouvait le ramener dans la contrée où il était né.
Il sauta sur la remorque d’un camion, se cacha sous une grande bâche bien attachée et partit ainsi vers un de ces horizons dont il n’avait aucune idée.
Confortablement installé dans cet abri il s’inventa toutes sortes d’histoires en se laissant porter par des notes d’espoir, chose qu’il avait appris chez lui pour surmonter de probables moments délicats qui le mettraient dans l’embarras.

Au petit matin il observa un curieux silence et risqua un œil plein de méfiance sur cet extérieur plein de camions avant de s’éclipser avec mille précautions.
Il traversa un parking et rasa les murs de ce grand relai routier dont l’enseigne et la devanture invitaient les voyageurs à se reposer et pourquoi pas se ravitailler si le besoin se faisait sentir.
Mais le siamois avait d’autres préoccupations il devait se mettre à l’abri des regards le temps de faire un point sur sa situation depuis le coin de l’arrière-cour qu’il rejoignit dare-dare.

Comme l’environnement n’était pas alarmant il fit le tour du périmètre pour élargir le champ des fois qu’il y aurait quelques mauvaises surprises, c’était sa seule hantise depuis le jour où il eut affaire avec le fils de la fermière.
Il avait retenu la leçon. On ne le prendra pas une seconde fois à sympathiser avec le premier venu
Oh oui ! On ne l’y prendra plus.
L’extérieur de l’arrière-cour lui révéla un spectacle inquiétant. Il n’y avait rien aux alentours mis à part un paysage jaune balayé par le vent soulevant poussière et déchets légers sous un soleil qui commençait à l’incommoder.
Curieuse différence entre cette vue rappelant le désert et le coté de la grande rue qui semblait faire office de cache misère.

Soudain le vent lui ramena des éclats de voix. Instinctivement le siamois se tapit tous les sens aux abois en observant sans doute deux commis qui venaient vider sans faire dans la dentelle une grande marmite dans un bac poubelle.
L’instant suivant ils avaient disparût. Le vent se fit à nouveau entendre et surtout lui apporta pendant qu’il était à l’affut une odeur de poissons à s’y méprendre.
Pour le siamois ce constat des plus louches le fit penser à un piège plutôt qu’autre chose. C’était du genre vinaigre attrape mouches car même si la modernité permettait une telle chose, du poisson à l’instant dans cet endroit isolé ne pouvait être là que pour l’attirer.
Ainsi le siamois resta longtemps immobile cherchant de l’ouïe et des yeux le moindre mouvement amical ou hostile dans ce moment des plus douteux.

Le temps passait, long, angoissant. Rien ne voulait se produire, rien ne se produisit sauf la plainte de ce vent toujours insistant qui ramenait cette odeur lui donnant de l’appétit le faisait saliver, il avait faim, il n’attendra pas la saint glinglin.
Lentement avec ses précautions d’usage il fit au mieux pour se fondre dans le paysage tout en se rapprochant de la source de gourmandises.

Arrivé au pied du bac poubelle, il se laissa emporter par un instant émotionnel et prit de l’élan avec la ferme intention de sauter dans ce qui pour lui était un garde-manger. Mais à la dernière seconde il stoppa son action. Il se devait de voir l’intérieur avant de sauter.
Alors il chercha le meilleur moyen qui lui permettrait de prendre de la hauteur mais mis à part une épave de tracteur vestige d’un autre temps, il n’y avait rien.

Il n’avait pas de choix alors il bondit sur le capot de l’engin et remarqua qu’il était encore trop loin de ce satané endroit qu’à tout prix il voulait rejoindre pour que son estomac arrête de le tourmenter.
Il était encore en train de tempêter sur sa malchance voir son incapacité à pouvoir calmer son envie qu’une voix le prit à partie.

- Hé ! hé ! mais il va où l’étranger ? Hein ! Il va où ?
Faut pas ainsi s’aventurer !
Pas jouer non plus au passe partout
Ici tu es chez moi, ici c’est moi qui fais loi.
Le siamois qui était dos rond, poils hérissés griffes dehors prêt à contrer une agression finit par se détendre quelque peu rassuré.

Un gros matou gris et balafré sortit d’un vieux tonneau rouillé était prêt à jeter ses foudres au cas où le siamois voudrait en découdre. Démonstration typique d’un bagarreur cherchant à prouver qu’il était le meilleur.
Pour le siamois cette attitude du genre « rien dans la tête tout dans les bras » était sujet d’inquiétude car comment allait-il pouvoir échanger avec ce bêta ?

- Je viens de faire un long voyage, je suis arrivé là par hasard
Je cherche juste à manger et à boire sans avoir pensé à vos usages
D’autant plus qu’il s’agit de restes jetés qui plus est sont en quantité.
- Ben voyons ! Tu ne manques pas d’air
Sais-tu que nul n’est censé ignorer la loi
Tu as fauté en entrant dans mon aire
Et cherche à voler en plus.

- Curieuse loi ! Si cette dernière te donne tous les droits
J’appelle cela de la dictature c’est une bien vilaine aventure
Que de ne penser qu’à soi tôt ou tard t’en pâtira ça c’est sûr.
- Alors ça c’est pas mal voilà qu’un vagabond me fait la morale
Aller ! Passe ton chemin je n’ai pas de temps à perdre avec un crève la faim.

Le siamois se souvint des circonstances l’ayant entraîné jusqu’au port, les circonstances qui firent qu’il se retrouva dos à la mer avec pour conséquences le choix entre rester et attendre que les choses s’améliorent ou partir pour une vie meilleure avec un peu de chance. Dans sa tête s’était l’effervescence.
Il regarda le matou avec indulgence en pensant que des comme lui souvent il en rencontrera, aussi souvent il devra faire profil bas malgré ses souffrances.

Bien qu’il avait faim et qu’il ne savait pas où aller il quitta sans mots dires cet endroit sans pitié et se réfugia sous un petit pont à l’accès facile histoire de se décider sur les suites à donner après cette malheureuse entrevue qui l’avait profondément déçu.
A la vue d’un petit rongeur il renoua avec son don de chasseur et s’offrit un repas sans problème en pensant qu’il ne sera jamais mieux servi que par lui-même.

Comme le gibier semblait être abondant le moral du siamois monta d’un cran devant tant de nourriture remerciant presque l’autre qui jouait au dur de lui avoir donné sans le savoir gîte et bombance dans sa dérive provisoire.
Passèrent les jours, passèrent les nuits. Les deux chats apprirent à s’ignorer en vivant avec ce que le ciel leur offrit sur ces terres assoiffées.

Alors que Chan commençait à s’habituer dans ce nouvel environnement plutôt prometteur il fut réveillé en pleine nuit par une odeur de fumée qui prenait de plus en plus d’ampleur au milieu de sinistres craquements et autres bruits effrayants.
Le relai routier était devenu un grand brasier qui attisé par un vent tourbillonnaire projetait ses braises sur les parties encore épargnées dans une chaleur d’enfer.

La vision de l’ensemble était spectaculaire avec ses vitres qui explosaient sous la chaleur, le grondement des flammes dansant dans les airs et cette nuée d’étincelles portant ailleurs ce feu qui allait au gré du vent s’étendre aux matières éparpillées dans le champ.
Soudain dans la lueur de la fournaise Chan vit courir vers lui comme un lapin le méchant matou obèse qui se réfugia sous le pont en pleurant à chaudes larmes.

- Qu’est-ce que je vais devenir ?
Qu’est-ce que je vais devenir ?
J’ai perdu terre et affaires dans cet enfer
J’étais si bien dans mon coin à l’abri du besoin.
Le gros fier à bras n’était finalement que le plus faible, le plus lâche des félins rencontré par Chan depuis longtemps. Malgré cela Chan tenta de le rassurer.

- Aller ! Arrête de pleurnicher, tu ne changeras rien aux évènements en te lamentant sur ton sort doré parti en fumée, tu auras au moins appris qu’il ne faut pas croire qu’on est invincible, à l’abri de mauvaises surprises, il suffit d’un incident même futile pour que ta vie bascule alors, aides-toi et le ciel t’aidera ! Je doute que tu connaissais cela.
T’en fais pas, je ne suis pas rancunier et même si je ne connais pas « tes lois » dès demain si tu le veux, je t’apprendrais à chasser pour que ce que tu attraperas viendra de toi. Tu verras ce sera une réelle satisfaction de se savoir capable de s’en sortir par soi-même.
En attendant, levons le camp, la chaleur et la fumée deviennent insupportables.

Soudain des cris de mouettes se firent entendre. Que venaient faire des mouettes dans ce désert ?

Chan ouvrit les yeux. A une cinquantaine de mètres devant lui un chalutier en cale sèche brûlait et le vent lui apportait cette fumée à l’odeur âcre de caoutchouc brûlé.
Il faisait très chaud.
Remettant lentement de l’ordre dans son esprit, Chan compris que tout cela n’était qu’un rêve, un rêve qui lui fit comprendre que quoi qu’il fasse, où qu’il aille, il se retrouvera face à des semblables qui feront tout pour le rejeter et de ceci il ne devra compter que sur lui-même. Alors, difficultés pour difficultés, autant essayer de surmonter celles de chez soi en attendant des jours meilleurs.

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22/10/2020 21:04 albatros
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