Mass

Pseudo : Mass

Dessinateur BDA depuis le 12/01/2004

Année de naissance : 1979 (~ 39 ans)

Lieu de résidence :
Bamako,district de Bamako-Mali

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Site internet :
http://lesbullesdemass.illustrateur.org

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PROFIL FB
LA CASE BLANCHE

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Scénario & synopsis

  • L’EMPIRE DES CLONES (Trilogie)

  • BOBO & le livre des contes

    C'est une histoire fantastique pour enfant en cour de scenarisation. C'est pas très très clean encore.
  • SOMBRES MOMENTS

    PROLOGUE : une drôle de nuit.

    Par une nuit de pleine obscurité, la ville de Bérize perchée sur la colline de Alfar, offrait un spectacle des plus inédits. Elle était pour une fois calme. Même les éternels chiens errant d'habitude, rythmant la nuit avec leurs stridents aboiements, se sont tus. Un air d'apocalypse soufflait sur cette mégalopole habitée par des millions d'âmes. Dehors un vent fort Nord-est, finit de transformer l'atmosphère en froid de chien. On se croirait dans une ville de l'extrême Nord scandinave, livrée à une nuit de décembre, aux humeurs climatiques du pôle Nord, pourtant on était en Afrique et dans l'hémisphère Sud. On aurait dit une ville de superstition collective, une nuit de vendredi XIII, où la lune à l'état adulte refuse de se voiler derrière les nuages comme pour déposer les ambitions maléfiques du diable rodant. Ces genres de soirées où traîner dehors est ce qu'on vous conseille en dernier lieu. Il était 21h et demi, seul au balcon de mon appartement, au troisième étage d'un vieil immeuble de la banlieue Est de Bérize. Mon quartier fondé par des travailleurs immigrants, était à l'image de n'importe quelle cité. Avec ses vieux immeubles, ses étroites rues insalubres, où les jeunes garçons jouent matins et soirs au football et les petites filles à la marelle, au milieu des klaxons de vieilles voitures et motos. Les vieux retraités des mines et de l'industrie du tabac fleurons de l'économie du Pays, résignés dans leur fatalisme, reportant toute leur misère sur la volonté divine. Avec des pensions minables permettant à peine de faire bouillir gargote familiale les trois tiers du temps, jouent à la dame ou à l'awalé (dame traditionnelle) et au monopoly, des séances interminables entrecoupées de verre de thé au goût amer et de bouffées de fumée du tabac local enroulé dans du papier ramassé sur trottoir, au milieu des chicanières de triches et de fraudes.

    Je jetais un coup d'oeil par le balcon et mesura à mon grand regret l'ampleur du calme fou qui s'abattit sur cette ville, habituellement bruyante de monde, de sonorités musicales infiltrant des boîtes de nuit, des bals publics en plein air et de cris raisonnant comme des psalmodies, des vendeurs et acheteurs de mets de tout type, entretenant le vacarme jusqu'à l'aube. J'hésitais un moment, puis enfilais un manteau de laine et prrenais mon appareil photo. Je dévallais en quelques secondes les escaliers de l'immeuble pour me retrouver dans la rue. Un vent froid et violent me traversa les oreilles que j'eusse soudain envie de retourner dans ma chambre à l'abri de cette atmosphère ténébreuse, mais ma détermination à m'adonner à ma passion de photographe avait besoin de plus de cet aléa climatique pour être entamée. Je m'arrêtais devant un panneau indiquant" Transport public". Quarante minutes s'écoulèrent et aucun véhicule ne se pointa. Machinalement, je décidais alors de marcher un peu, dans l'espoir de choper un taxi en route. Ces quelques taxis qui me dépassèrent, n'acquiescèrent pas à ma demande. Je compris qu'ils rentraient au dépôt. Et puis ç'allait être difficile de les convaincre à se rendre dans les quartiers de la banlieue Nord-Est. C'étaient des quartiers difficiles comme on dit, où la misère était encore plus rongeant que dans la banlieue Est. Je compris que j'allais marcher à pied donc. Et puis elle n'était pas mortellement loin d'ici la banlieue Nord-Est. Je relevais les cols de mon manteau et commençais à marcher à grandes jambes. Je traversais la grande place de l'indépendance, d'habitude débauchant d’énergie, avec ses musiciens, ses conteurs populaires' mais ce soir, elle était d'un calme présageant d'une mort définitive. Je continuais de marcher dans cette aire de chaos. La ville donnait l'impression d'un passage de bombe à hydrogène, anéantissant son bon air qu'on lui connaissait jadis. Seul me parvenait jusqu'aux oreilles le bruit effrayant des vagues du fleuve" Louguel" qui cognaient sur le versant Sud de la colline de Alfar. Le froid comme brusquement doubla d'intensité et le ciel s'assombrit de plus en plus, mais je continuais de plonger dans la profondeur de cette nuit que tous, mêmes les animaux, chasseurs noctambules, évitèrent, quitte à dormir affamés.
    Perdu dans mes pensées, un événement, pourtant me ramena à la réalité. De braves gens s'affairèrent autour d'un homme tombé dans une canalisation d'écoulement d'eaux usées. Clochard, probablement effrayé par cette nuit comparable aux cauchemars les plus sombres, il cherchait un abri. Il passa par dessus bord un fossé, pour se retrouver dans un mètre cinquante d'eau infeste, mélange d'eau de pluie et d'eaux usées des somptueuses villas environnantes. Je saisis mon appareil photo et immortalisais ce moment unique d'humanisme, où des hommes faisaient fi des odeurs nauséabondes émanant de cette pollution purement humaine, s'y jetèrent pour sauver un autre homme. Un court instant, j'oubliais ce soir et son chaos climatique, pour savourer la beauté de ces gestes qui se déroulaient sous mes yeux. Je me précipitais à leur aide et nous parvîmes à hisser l'homme hors de l'eau. Il était complètement abattu, épuisé par les considérables efforts qu'il fournit pour résister aux forts courants des égouts. On comprenait à peine ce qu'il marmonnait. Décision fut prise de le conduire d'urgence à l'hosto sans que je ne puisse prendre une dernière photo du miraculeux et de ses sauveurs. La mésaventure de ce monsieur, loin de me dissuader de continuer ma course folle dans les profondeurs de cette horrible nuit, m'apporta le peu de courage qui jusque là me manquait pour complètement m'y plonger. Un rapide coup d'oeil à ma montre qui affichait depuis une heure un quart du matin. Je poursuivis mon chemin, comme poussé par une force invisible, qui me guidait vers un objectif inconnu. Je finis par atteindre les quartiers Nord-est de Bérize avec leurs énormes immeubles délabrés. Cette partie de la ville, les nuits normales, prenait des allures de kermesse, où on vient y jouer s'amuser. Mais ce soir, elle sommeillait ! Un profond sommeil de peur, à l’allure comateuse.
    J’empruntais la grande avenue du président Torodo, quand, comme pour me mettre à l’abri du froid, je m’engageais dans une ruelle sombre et lugubre. Je marchais sans savoir en réalité, où aller. Elle était calme. A cela ajoutée, l’absence totale de lumière. Mon cœur battait tellement fort, que je l’entendis dans mes oreilles. Une seule idée me tonnait dans la tête, sortir de cette maudite ruelle. Devant moi, dans l’obscurité, se dressait une énorme battisse, style colonial datant probablement du XIXe siècle avec son grand jardin et ses lourdes portes métalliques. L’envie me vint soudain de m’introduire dans la rue à droite et de longer ce joyau architectural.
    Après une centaine de mètres, je me rendis compte que j’étais dans un cul de sac et décidais de revenir sur mes pas. Cette fois-ci, je passais plus près de la battisse. Je m’approchais de la clôture. Un bruit incongru provenant de l’intérieur me fit sursauter. Qu’est-ce que c’était ? Je tendis l’oreille pour avoir le cœur net. Cela reprit de nouveau. Je compris que c’était des cris, des cris qu’on tentait d’étouffer semble-t-il. Je me remémorais ces vieux films style sueur froide dans lesquels une telle situation présageait toujours une mort d (homme !
    _ Bon sang de bonsoir ! Pensais-je.
    Au même moment je craignis ma propre peur ! Et la peur finit par envahir mon corps que j’eus la chair de poule. Et ostensiblement, les battements de mon cœur augmentèrent sur le coup. Néanmoins, ma curiosité inconsciemment prit le dessus sur ma peur ! Je m’approchais des cris qui maintenant, se perdaient dans un étouffement rigoureux semble-t-il. Au bout de la maison, devant moi, une chambre aux fenêtres en bois rongées pratiquement par des termites, parvenait une instable lumière. Les cris venaient de là compris-je. Je m’approchais plus près et aperçus des silhouettes d’hommes à travers la lueur de la lumière infiltrant de la fenêtre. Sans hésiter une seconde, je sautais la clôture de fer rouillée par un siècle d’oxydation, qui me séparait de ce lieu suspect et dangereux. Pendant une seconde, je pensais à une autre chose : celle qui pouvait faire de cette vieille battisse abandonnée un lieu hanté ! A Bérize, c’est pas les histoires ce genre qui manquent en tout cas !
    _ Au diable les crétineries ! Pensais-je.
    Je m’étais retrouver juste derrière la fenêtre, d’où provinrent les cris qui maintenant avaient cessé brusquement et bizarrement. Alerte, je me blottis contre un tronc d’arbre, pensant indéniablement qu’on a pu m’entendre venir dans l’herbe broussailleux du jardin. Je restais interdit un moment attendant mon sort. Il ne se produisit rien. Alors, je me penchais au dessus de la fenêtre avec une grande discrétion pour risquer un œil. Ce que je vis, me fit presque tomber dans les pommes. Un homme couché sur le dos costume sombre et chemise blanche souillée de sang, visage réduit en bouillie, comme passé au broyeur. Autour de son corps meurtri, quatre gaillards dont deux armés de barres de fer se tenaient debout. Une forte envie de nausée me submergea. Mais je me retins sachant que le moindre bruit pourrait les alerter. Et en plus c’était pas le moment de craquer car je tenais là un clicher témoin de la violence de ces quartiers chauds de la banlieue Nord-est de Bérize. Alors je me ressaisis un moment et saisis mon appareil photo. Je pris le soin d’ôter le flash de peur de me faire repérer. Je collais l’œil contre l’objectif de l’appareil et les visais par-dessus les rebords inférieurs de la fenêtre. Ils restèrent toujours arrêtés autour du corps. J’attendis qu’il y est du mouvement, ensuite un instant, un court instant statique mais suffisant pour que je fige à jamais cette abominable scène. Maintenant, il fallait me tirer de là puisque j’avais plus rien à foutre. Seulement, je me faisais un certain souci pour la qualité de la photo prise, il n’ y eut pas de flash pour une scène mal éclairée. Mais bizarrement et d’une façon naturelle, un vent de satisfaction me traversa la tête. J’enlevais mes godasses pour ne pas faire de bruit, m’éloignais vers la clôture que je sautais sans trop m’en rendre compte, tellement je cuvais d’envie de quitter ces lieux maudits fissa ! Je me retrouvais malencontreusement dans l’impasse par laquelle j’étais arrivé. Je divaguais paniqué ! Je rebroussais chemin tout en priant que rien ne m’arrive :
    _ Mon Dieu ais, pitié de mon âme ! Fit la seule chose que j’eus pensé.
    Je réempruntais l’avenue du président avec en tête une seul conviction, celle de retrouver la chaleur de ma chambre et oublier cette nuit et ses attributs cauchemardesques. Et demain en me réveillant, que je soufrasse d’une amnésie, cela m’était totalement égal. Je pris un tout autre itinéraire que celui par lequel j’étais arrivé dans ce maudit quartier, pour me retrouver au bord du fleuve Louguel. Il ressemblait ce soir là à un fleuve, dont le génie malfaisant réclamait son dû – un sacrifice humain – non honoré par d’ingrats riverains. Il était trouble comme moi d’ailleurs et cognait dans tous les sens. Ce soir, on aurait put bien s’entendre, mais seulement moi je ne comptais pas clamser ce soir ! Effrayé par toute cette atmosphère de violence, je m’éloignais des bordures du fleuve. Mon appareil en bandoulière, mes mains strictement enfouies dans les poches de mon manteau, baissais la tête et marchais de toute la force de mes jambes. Cette fois-ci, je ne fis attention à aucun détail sur la route qui me mena à la maison.

    3 Heures un quart du matin.
    J’étais enfin parvenu à regagner mon quartier à mon grand bonheur ! Mais ce fut sans compter avec les fâcheux délestages de la « majestueuse société étatique d’électricité « ! Le quartier baigna dans une ténèbre totale. Mon ventre se noua sur le coup. Au fond, je maudis une fois de plus, cette poisseuse nuit et son atmosphère apocalyptique. Mais aussi la société d’électricité ! Pour chasser ma peur, j’allumais une clope et me dirigeais vers mon immeuble à peine visible, telle la densité de l’obscurité l’engloutie. Je m’approchais de la porte et comme l’éclair, l’ouvris. Un petit bruit dans les escaliers me la fit vite fermer et je me retrouvais de nouveau dans la rue. Je respirais lourdement. Ma peur m’étouffait presque. Ma poitrine se gonfla sous la poussée de mes poumons qui se vidèrent aussi vite qu’ils s’emplirent d’air. Comme pour implorer Dieu de m’accorder une seconde chance, que je n’étais pourtant pas sûr d’avoir, je jurais par toute âme de ne plus sortir, sous un quelconque prétexte que ce soit, par une nuit pareille. Dans ma tête deux idées se battirent pour le contrôle de ma destiné ce soir. La première m’intima la bravoure de franchir la porte. La seconde, de jouer au poltron et de rester sur le palier de la porte. Je finis par écouter la première et m’engageais dans le couloir sombre qui menait aux escaliers. Je saisis mon briquet et l’allumais. Je pris les marches de l’escalier avec tellement de précaution, que j’eus moi-même l’impression de guetter mon ombre. J’atteignis la porte de ma chambre, sans encore entendre le moindre bruit. Ma peur ne fût pas pour autant dissipée. J’introduis la clé dans la serrure et constatais à mon grand étonnement que la porte n’était pas fermée. Un tueur pouvait m’attendre à l’intérieur, fut la seule idée qui m’effleura l’esprit. Peut être, les tueurs de la grande battisse coloniale. Comme ça, ils m’auraient vue et laisser filer pour venir m’attendre chez moi !
    _ Non, ce n’est pas possible ! D’ailleurs ils ne me connaissent même pas ! Pensais-je, trouvant cette idée bête.
    Comme ça, je retombais dans ma peur paranoïaque qui m’habita toute cette nuit. Je me figeais net. Une seule chose me tracassait : Quoi ou qui est ce qui pouvait s’introduire chez moi ce soir ? Les réponses étaient nombreuses, je n’écartais pas une intrusion d’un de ces nombreux chats errants sans maîtres qu’abritaient l’immeuble et le quartier. Mais le pire aussi était à craindre : L’idée des tueurs !
    Je baissais les yeux, comme un aveu de faiblesse. La fatalité me gagna. La seule chose que j’eus à penser fut :
    _ On a beau courir, on finit toujours par être rattrapé par son destin !
    Et ce soir mon destin serait de mourir devant ma porte. Ça s’appelle, voir chez soi et mourir ! Mes pensées comme une machine à remonter le temps, s’éloignèrent dans une mélancolique nostalgie. Je repensais à ma vie et découvrais qu’elle était nue. J’avais 28 ans, célibataire ! Je n’avais jamais connu l’amour d’une femme. Et je ne le connaîtrais probablement jamais ! Le nom de Niza disparaîtrait avec moi ce soir et aucun enfant ne pourrait perpétrer ce nom.

    ????????

    UN CAUCHEMAR … UNE PREMONITION ?
    Je me sentis fatigué, mais les événements de ce soir, m’empêchèrent de fermer l’œil une seconde, bien que je sentais la lourdeur de mes paupières. J’avais une peur d’enfer qui me paralysait presque. Je restais cloué dans le canapé, recroquevillé comme quelqu’un qui attendait son sort. Mais je compris pertinemment que j’allais craquer et sombrer dans le sommeil. La pluie reprit et commença à entrer par la fenêtre que j’avais maladroitement fermée. A la même seconde, mes paupières se rabattirent et se rouvrirent la seconde d’après. J’étais à bout. Mais il fallait refermer cette fenêtre et moi, j’étais comme quelqu’un qui ne ressentais plus ses os et ses articulations. Je fus à la frontière de deux choses : basculer dans le sommeil, ou me lever pour fermer la fenêtre. Mais, c’est comme dans un effort surhumain, je parvins à m’extirper du canapé. J’étais à la fenêtre. Je vis s’effondrer lourdement une silhouette de femme à travers l’atmosphère floue que créait l’averse. La personne semblait épuisée et traquée par je ne sais qui ou quoi ? Je quittais rapidement la fenêtre, enfilais vite un imper et partis à son secours. Dehors la pluie était très violente, je m’approchais du corps. Une faible voix de femme me parvint :
    _ Aidez…moi ! S’il vous plait…
    Un peu plus tard…
    Au début, je crus que toute cette fatigue m’avait réduite la vue au point de la rendre floue. Je ne parvenais pas à voir le visage de cette étrange inconnue que j’avais là devant, blottie dans une couverture en laine. Je me frottais les yeux, mais rien ne changea. Alors je tentais une diversion car je n’osais lui dire que je ne voyais pas son visage.
    _ C’est quoi votre p’tit nom, heu… mam’selle ? Lui demandais-je.
    Elle ne me répondit pas. Je tournais dans la cuisine alors qu’elle n’avait point goutté non plus à son repas chaud. Comment elle l’aurait pu puisqu’elle n’avait pas de visage, me dis-je ! Elle resta interdite.
    Et moi, comme un idiot, redoublais mes va et vient ne sachant que faire.
    _ Vous n’aviez rien mangé ! Tentais-je bêtement et un peu agacé.
    Elle resta toujours interdite. Mais elle me fixa de son regard flou. Son regard semblait émettre quelque chose que je pouvais déceler à moins d’être un devin. On dirait quelle voulut me dire quelque chose, mais elle semblait comme empêchée. Ce regard me perturba profondément.
    _ Pourquoi, vous me regarder comme ça ? Qui êtes vous ? Un ange du ciel ?
    Je ne sus quoi dire réellement tellement les questions se bousculèrent sur mes lèvres. Mon état de perplexité sembla la perturber. Elle finit par ouvrir la bouche, au fait elle émit :
    _ Fatima…Fatima est mon nom !...
    FATIMA, un joli nom en tout cas ! Indiscrètement, je lui demandais :
    _ Qu’est ce qui vous est arrivé Fatima ?
    A cette question, elle frémit. Et brusquement son regard flou se figea sur moi d’une façon dure et ensuite recouvra comme air soucieux. Au fait, c’est ce que je pressentis.
    Dans son attitude, elle hésita un instant, indécise, frémit de nouveau. Moi, je ne compris rien. Elle semblait souffrir de quelque chose semble-t-il, et que moi je fis malencontreusement renaître. Elle me jeta un regard égaré mais suppliant comme si, elle voulut dire quelque chose. Elle détourna la tête, s’en tortillant dans la couverture de laine qui la couvrait. Je l’observais de profil. Elle semblait jeune. Je voulus articuler quelque chose, lorsqu’elle détourna de nouveau son regard, se blottissant de plus belle dans la couverture. Je n’insistais pas. Elle fixa la faible lumière de la veilleuse semble-t-il, et resta ainsi quelques secondes. Je remarquais un filet de larme marquer ses joues floues. Elle pleurait silencieusement. Au bout du compte, je sentis qu’elle voulu risquer quelque chose de nouveau… Mais brusquement, elle se leva, se précipita sur la fenêtre. J’essayais de la rattraper car je compris qu’elle voulait sauter. Je criais :
    _ Non, ne faites pas ça !
    Il était trop tard, car je ne fus pas très prompt de l’attraper. Elle sauta dans le vide, pour s’écraser au sol. Dans mon élan, je l’accompagnais aussi. Voilà, il était temps. Cette mort que j’entendais fut enfin là. Comme cette étrange fille, j’allais m’écraser. Ça fait vraiment bizarre d’avoir son destin lié à quelqu’un qu’on ne connaît pas. Le sol, fut pour bientôt, je m’écrasais et j’entendis comme un bang ! J’immergeais comme dans une sorte de fourgonnette. L’eau commençait à envahir la cabine et je pus distingué au sol trois corps, mais c’étais floue. Le volume de la cabine fut envahit par l’eau, je cherchais une issue de secours pour me tirer. Je trouvais l’issue d’aération au toit. Il était temps, je commençais à manquer d’air, je replongeais et récupérais un fusil au sol, je tirais deux coups de feux et la fermeture de l’issue céda. Je m’y précipitais pour sortir. Je fus dehors, je fus face à quelqu’un. C’était bizarre, on dirait que je menais un duel. Mon adversaire était tout sombre. Il pleuvait donc je ne vis pas son visage. Je tenais un comme un pistolet en main. Je saignais du front. J’entendis comme :
    _ Crève Minable !
    J’entendis Bang ! J’avais tiré en même temps que lui. Il s’écroula lourdement. Je l’avais eu. Mais ‘ une douleur subite me plia en deux. Je portais une main à mon ventre, le regardais, puis ma main. Je saignais aussi. Il m’avait eu aussi. Lentement, mes mains se crispèrent, je lâchais mon arme qui tomba dans un bruit sec de métal. Je m’effondrais a genoux, des larme de douleur aux yeux. Je ne pleurais pas par peur de la mort ou de la douleur. Mais je pleurais pour quelque chose d’autre que moi-même je semblais ignorer. Dans une rage lion mourant, je rugissais de toutes mes entrailles.

    Je me réveillais dans un strident cri. Quel effrayant cauchemar j’avais fait là. Je suais à grande gouttes. Ma tête était en chaleur comme une chaudière. En plus, j’étais groggy par le fait d’avoir dormis retreint et mal dans le canapé ! En parlant de canapé ! Je me rappelais d’y être resté cloué toute la nuit à ne pas pouvoir fermer la fenêtre qui ne fut qu’à un pas. Je me rappelais de cette étrange fille qui y était passé par-dessus bord. Je m’y précipitais pour jeter un œil au sol. Il n’y avait rien, à part quelques passants matinaux. Un peu soulagé, je revenais vers le canapé et m’y laissais choir au fond. Je remarquais alors que ma fenêtre était restée ouverte toute la nuit, mes rideaux mouillés et un flac d’eau dus à la pluie de la nuit passée. Je restais un moment perplexe et confus. Au bout du compte, je compris. La pluie avait repris la nuit passée et moi j’étais resté cloué dans le canapé par une assommante fatigue contemplant le flash des éclairs Je finis par me rendre à l’évidence : J’avais tout mélangé : rêve et réalité. Et ces rêves, était- ce des cauchemars ou juste une prémonition ? Je ne pouvais le savoir ! Je me sentis affecté, un peu déstabilisé par leur ambiguïté. Je songeais alors pour la première fois de ma vie à aller voir ma voisine de palier, une femme qui lit l’avenir, les ambiguïtés et toutes les conneries de la sorte, à travers les cauris. Bien sûr, je trouvais absurde cette idée, mais je devais aller la voir !
    Fin du prologue